"Rue des Cassos, s'adresser à la Banque de France"

Publié le par Collectif Saint-Pardoux Citoyen

"Rue des Cassos, s'adresser à la Banque de France"

Un véritable choc, le 31 Décembre 2015, les habitants de la rue du Pré de La Cure à Saint-Pardoux, ont eu la très désagréable surprise de trouver accroché sur le panneau de signalisation de stop un carton ou était inscrit:

"Rue des Cassos, s'adresser à la Banque de France"

L'écriteau a rapidement fait le tour du quartier... La colère, l'exaspération, d'être montré du doigt, stigmatisés. Le panneau sous le bras, ils ont interpellé le collectif pour exprimer leur ras-le-bol et leur quotidien... mais pas question d'aller déposer plainte, ici c'est œil pour œil dent pour dent et gare si ils trouvent le coupable !

Nous avons donc pris le temps d'aller à la rencontre de plusieurs habitants et d'écouter leurs paroles, leurs mots, symptomatiques d'une pauvreté qu'ils vivent au quotidien (les noms ne sont pas indiqués pour respecter la confidentialité de leurs témoignages).

Mme X, est retraitée, elle touche moins de 900 € de retraite et les fins de mois sont difficiles: "Heureusement mes enfants sont là et m'aident énormément ". Elle loge dans un logement de la mairie. Extrêmement choquée du panneau, les larmes aux yeux, elle nous confie : "c'est dure d'être cataloguée pauvre, même si j'assume complètement mon état. J'essaie de vivre dignement. Au début j'ai cru qu'ils avaient inscrit sur le panneau: s'adresser à la banque alimentaire.. et je l'ai pris pour moi car sans mes enfants, j'en serais bénéficiaire".

De poursuivre "On ne voit pas souvent des élus venir à notre rencontre, ils viennent uniquement pour constater et de faire faire les réparations d'urgence. Par contre, cela les dérangent pas d'augmenter les loyers d'années en années mais jamais ils pensent les rénover complètement ces logements ? L'isolation est inexistante, les huisseries sont vieillissantes notamment la baie vitrée qui laisse passer de l'air, on chauffe pour rien! Heureusement , j'ai un bon voisin qui est là et on fait de l'entraide entre nous. J'ai des difficultés pour me déplacer et n'ayant pas les moyens de payer un jardinier, c'est mon voisin qui tond mon petit carré de pelouse. Il vient me voir, on se soutien mutuellement dans les moments difficiles..."

Et de demander: "Mais vous qui êtes au conseil municipal, toutes les manifestations, les spectacles qu'ils proposent à la mairie, c'est pas pour toutes les bourses, 15 € ou 20 € ça compte à la fin du mois! Le repas des personnes âgées j'aimerais bien y aller mais on est vite catalogué même entre anciens, par contre une amie qui habite à Châtillon, elle reçoit un colis du CCAS, un panier gourmand et ça améliore la période des fêtes, vous faites pas ça à Saint-Pardoux ? Enfin c'est gentil d'être venue me voir, il faudra repasser... Pour le panneau c'est honteux!"

Nous repartons pour frapper aux portes des logements appartenant au CIL-HLM des Deux-Sèvres. Un couple nous propose de prendre le café, eux aussi on vu le panneau, ils sont en colère, ils veulent vider leur sac:" C'est pas la première fois que ce quartier est montré du doigt, c'est vrai qu'il y a parfois du bruit, des engueulades, des conflits de voisinages, les flics sont appelés mais rien de bien méchant... on s'accepte entre nous chacun avec son sac à problèmes (NDLA: alcool, perte d'emploi, chômage longue durée) mais on est pas des sous-hommes! On fait avec les moyens du bord système récup' pour améliorer le quotidien... " . A l'arrière de chez lui, le couple a installé une serre pour faire pousser des tomates et un petit poulailler avec 2 poules qu'on lui a offert.

Et de continuer :"le plus dur c'est le manque de considération de ces messieurs-dames de la mairie. Par exemple, derrière chez moi j'avais une prairie et puis la mairie a donné une autorisation pour que le voisin d'en face qui est propriétaire, il puisse construire un bassin d'ornement résultat à 3 mètres de ma baie vitrée j'ai une bute de terre de 4m de haut et des écoulement d'humidité et on a plus le soleil. C'est devenue un couloir, même en été il fait froid sur la terrasse, le vent s'engouffre, mais je peux rien dire je suis pas propriétaire, les CIL sont venus, ils ont pris des photos, ils ont trouvé cela inadmissible mais ils peuvent rien faire..."

" Et puis ma femme ça fessait 8 ans qu'elle travaillait pour la mairie pour faire l'accompagnement des enfants avec l'école, le ménage, l'aide à la cantine et bien au 31 Décembre 2015 on lui a dit tchao ! Mais c'est pas la première fois qu'ils font ça, l'été dernier un monsieur qui travaillait depuis 5 ans en emploi aidé a été jeté du jour au lendemain! La mairie, elle connait notre situation (le monsieur est sans emploi), ils ont préféré une nouvelle pour tenir la future bibliothèque. Mais avec une formation ma femme aussi elle était capable de ranger des livres !.."

"Quand on va à la mairie souvent c'est pour réclamer c'est vrai, mais parce que l'on peut pas faire autrement. On sent bien qu'on les gêne, dans le hall d'accueil de la mairie le matin, il y a toujours les mêmes têtes qui traînent et ils sont pas élus ! On peut pas parler aux secrétaires de façon confidentielle, les gens ont pas besoin de savoir! Il n'y a même pas une assistante sociale qui tient une permanence à la mairie, ce serait bien pourtant...."

" En fin d'année avec les factures d'électricité dû au chauffage à cause des "grilles-pains" (NDLA : radiateurs électriques),on arrivait pas à payer le loyer et notre fille sa facture d'eau et bien quand on a demandé pour une aide à la mairie on nous a répondu que le CCAS n'avait plus de sous ! Et puis c'est pas simple quand on n'avait pas de véhicule. Il fallait rejoindre le RDS tout en haut sur la zone, c'est dangereux, y'a du vent là-haut et ils veulent mettre les commerces là-bas? Ils pensent à ceux qui sont à pied ?".

Et de conclure : " Parce qu'ils n'ont plus de sous pour les cas soc' mais le boulodrome, ils l'ont bien payé et il est pour qui ? Uniquement les licenciés ceux qui font partis du club, parce moi et ma femme on aime bien jouer à la pétanque mais on peut pas y aller comme ça et on va pas payer une licence ! Par contre les jeux qu'ils ont installé c'est bien mais il manque de l'animation pour les faire vivre!"...

Nous sortons et une voisine nous interpelle :"vous avez vu le panneau qu'on a eu droit en fin d'année, c'est du mépris! On l'a souvent entendu ma fille et moi que les gens du haut du village voulait pas se mélanger avec la racaille du bas du village. Ils nous détestent, on les gêne ça fait pas bien dans le village...A l'inauguration du boulodrome c'est pas les enfants du Pré de La Cure qu'ils ont invité au City-Stade, on aurait fait tâche ! Heureusement je m'en vais au Printemps, et puis il n'y a plus rien dans ce bourg, il faut prendre la voiture pour aller chercher son pain... J'espère que vous leurs direz à la mairie qu'on doit pas mépriser certains habitants".

On nous indique qu'il faut aller voir les gens de la Cité des Rambaudières... Nous frappons aux portes, un couple nous ouvrent (tout deux touchent le RMI), nous leur montrons la photo du panneau, ont-ils eux aussi été victime de ce type de discrimination ?: "Ici, on se mélange pas, chacun vit sans aucune relation de bon voisinage, certains nous évitent". La dame nous dit : "Le terme cité c'est discriminatoire, ça fait "zonard", les extérieurs de cette impasse sont moches, on dirait une verrue pas rapport au beau lotissement des Rambaudières, mais la différence c'est qu'ils sont pour la plus-part des propriétaires là-bas, il y a des bancs, des arbres, ici c'est le goudron, rien n'a été fait depuis la construction !"

Et la future zone ? : "On verra en fonction des prix pratiqués et de la qualité des produits, mais avant c'était bien aussi on avait des fruits, des légumes frais et puis Malène c'est une fille du coin, cela nous plaisait de la soutenir. Le resto, il apportait de l'animation, on allait écouter la musique, Boris il était pas de notre génération mais il nous jugeait pas on rencontrait des gens, on discutait... sur ce terrain le plus pénible c'est le bruit c'est intenable avec les camions. Cela ne nous aurait pas dérangé une boulangerie à côté de M. PILLOT, il est très gentil ce garçon. Cela aurait permis de nous sortir un peu de notre cité, on aime bien descendre au bourg, surtout que si il y a une bibliothèque, elle sera gratuite pour les gens du village ? Cela nous fessait deux excuses pour descendre, nous n'avons pas d'emploi mon mari et moi et plus d'enfants a emmené à l'école. Le plus dur à vivre quand on a pas d'argent c'est l'ignorance, le fait qu'on nous voit pas ! Car dans nos âges on a pas d'occasion de rencontre, de sortir, le club du 3ème c'est trop vieux pour nous, on n'est jamais convié à des fêtes de voisinage, les vœux du maire on peut pas on n'est pas des nouveaux arrivants et les spectacles qu'ils font c'est pas pour toutes les bourses... Pour le panneau cela aurait très bien pu aussi nous arrivé franchement cela nous fait de la peine pour les habitants de La Cure" ...

Conclusion

Les situations de pauvreté observées sur le terrain, l’écoute d’une souffrance, d’une plainte, nous confortent dans l’idée que l’assistance doit répondre à une exigence morale, à une véritable bienveillance fasse à la détresse. Il y a urgence que l'action sociale soit prise de façon rapide au sein de cette commune.... La première action est en matière d'intégration et du refus de la marginalisation, permettre aux gens de pouvoir se rencontrer, d'échanger, de dialoguer pour pouvoir s’exprimer sans se sentir stigmatisé ou dévalorisé.

Dans un deuxième temps, il faut rapidement décloisonner et relocaliser dans les territoires de proximité, des dispositifs d’accompagnement social.

Depuis plus d'an, une élue du Collectif siège au sein du CCAS, les demandes qui y sont traitées sont souvent dramatiques et avec une évolution alarmante. Nombreux sont les habitants qui sont confrontés à des conditions de vie parfois très difficiles (faiblesse des niveaux de vie, fort taux de chômage des jeunes, progression des familles monoparentales, sentiment de captivité, isolement, insalubrité des logements etc.). L’éloignement continu des services déconcentrés de l’État des zones rurales et le désengagement d’interlocuteurs de proximité, fait que cette population est en devenir d'être des invisibles...

La prise récente de la compétence action sociale par la Communauté de Communes Sud -Gâtine et le travail conjoint avec les communautés de communes Val d'Egray et Gâtine-Autize, est une excellente nouvelle, qui permettra de compenser l'inaction sociale de la commune de Saint-Pardoux.

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anonyme 20/01/2016 20:57

n'auriez-vous pas trouvé plus judicieux et moral au lieu d'avoir dépensé une somme astronomique pour construire un boulodrome à mon avis inutile et d'agrandir un cimetière qui restera vide pendant
plusieurs années au lieu de rénover les logements sociaux et d'en diminuer les loyers ,afin de leurs
apporter un mieux vivre . étant habitant de saint pardoux ,j'aurais aimer et d'autres personnes à mobilité réduite avoir des commerces en centre bourg se qui serait utiles à de nombreuses personnes

Collectif Saint Pardoux Citoyen 20/01/2016 21:17

Bonsoir,

Nous tenons à préciser que les membres de l'opposition:
- Ont refusé le financement du boulodrome tel qu'il a été proposé,
- Ont voté contre l'agrandissement du cimetière dans l'immédiat,
- Ont demandé la mise en place d'un plan pluri-annuel de réhabilitation des logements de la commune dés le début de leurs mandats.
- Se sont battus pour le maintien des commerces et services dans le cœur de bourg.

L'ensemble de ces remarques peut être lu dans les différents articles du blog ou si vous en faîtes la demande par mail, copie d'enregistrement des conseils municipaux.

Merci de votre commentaire.

Cordialement

Les administrateurs du Collectif

Observateur 20/01/2016 14:57

La première échelle est la commune, certes....et les EPCI inéxorablement.
Mais qu'elle qu'elle soit vous y trouverez toujours des habitants qui en attendent davantage.
Que vous vous battiez pour le meilleur est très honorable et, sur le fond, beaucoup de vos articles sont assez pertinents. Mais les formes sont parfois insupportables.
Ainsi, pourquoi,ici, tant de témoignages à charge des "victimes" contre les élus locaux et rien sur les portails électriques de tous les bourgeois qui s'enferment, rien sur les dispositifs d'aide à l'emploi au sein des collectivité qui ne permettent pas d'en pérenniser les postes mais incitent au remplacement, rien sur le ressenti des anciens chatillonais qui mangent leur colis tout seul chez eux, rien sur le ratio de logement social dans les autres communes, rien sur l'immoralité de plusieurs partenaires du projet de la zone commerciale,...
Je vous laisse désormais à vos combats.
J'en partage des principes mais j'en regrette vraiment la forme.

Collectif Saint-Pardoux Citoyen 20/01/2016 17:59

C'est un choix rédactionnel de laisser aussi les victimes s'exprimer. Toute victime s'attaquera au premier échelon ( le client mécontent s'attaquera à la caissière ou à l'agent d'accueil, à la standardiste, c'est un fait inéluctable) qui n'entend pas ses maux, sa détresse.... Développer un article sociologique sur le comportement de la vision spatio-territoriale et protectionniste des habitants ou les politiques de pérennisation nationale des emplois dit précaires, ou des études d'opérations de logements sociaux, etc ... tout cela concerne le domaine d'un chargé de mission et d'un universitaire. Toute fois si cela vous intéresse de réaliser des articles de ce type nous nous ferions un plaisir de les publier.

Merci de vos commentaires constructifs
Cordialement

Les administrateurs du Collectif

Observateur 19/01/2016 20:55

L'essentiel pour moi est proche de votre conclusion. (renforcement des dispositifs locaux, accessibilité aux activités éducatives, sportives et culturelles, réseau,...)
Mais je ne comprends pas en quoi s'en est une tant l'article ne cible et ne stygmatise que l'(in)action municipale...sauf si c'est le conseil qui a rebaptisé la rue !...
Sinon, la bêt(is)e est surtout ailleurs !

Collectif Saint-Pardoux Citoyen 19/01/2016 21:29

Bonsoir,

"L’éloignement continu des services déconcentrés de l’État des zones rurales et le désengagement d’interlocuteurs de proximité", indique que nous ne stigmatisons pas uniquement la municipalité.

Pour mettre en place: "renforcement des dispositifs locaux, accessibilité aux activités éducatives, sportives et culturelles, réseau,...". Pouvez-vous nous indiquer quelle est la première échelle du territoire qui peut permettre ce type d'action ?

Merci pour votre commentaire.

Cordialement

Les administrateurs du Collectif

AB 19/01/2016 13:18

J'ai quitté ce village et surtout cette rue parce que j'en avais marre d'être cataloguée "cas soc'"! Je ne sortais de chez moi que pour aller travailler ou faire mes courses, les gens là bas ne nous connaissent même pas, pourtant ils ont toujours des choses à raconter sur nous.... Saint Pardoux désormais c'est du passé, juste un mauvais souvenir!

Observateur 18/01/2016 22:13

La pose d'un tel panneau est effectivement affiligeante. Ce seul fait mériterait un article sur l'absence de solidarité dans un sociéte où l'individualisme prime...ou sur la banalisation des messages d'exclusion...
Réussir à faire tant de liens avec la gestion municipale est un bel exercice de style...Mais cela efface l'essentiel et témoigne (une nouvelle fois) chez l'(les) auteur(s) de l'article d'une colère lui(leur) faisant tout voir sous un prisme très réducteur !
NB : Je ne signe pas mon commentaire à un article non signé.

Collectif Saint-Pardoux Citoyen 19/01/2016 08:57

Bonjour,

Les articles sont conjoints à plusieurs personnes et validés par un comité de rédaction sous le nom du Collectif. Reste que l'action sociale n'a jamais été mené sur cette commune... Il n'y a aucune colère juste un constat. C'est pour cette raison que nous n'avons pris que des témoignages d'habitants qui subissent cette exclusion. Quand au prisme réducteur, il apparaît que c'est l échelle territoriale la plus proche de la population qui est en mesure d'éviter la marginalisation et de soutenir cette population. Par contre quel est l'essentiel pour vous de permettre d' éviter l'exclusion sociale ?
Merci pour votre commentaire.
Cordialement
Les administrateurs du Collectif