Une Radio-Gâtine ou une Radio-Carpette ?

Publié le par Collectif Saint-Pardoux Citoyen

Une Radio-Gâtine ou une Radio-Carpette ?

Dans l’avant propos du n°10 de « Société historique de Parthenay et du Pays de Gâtine », il est relevé cette citation « là où l’identité fuit, le paysage la suit. »… et plus loin également cette affirmation: « Nous pensons en effet qu’en amont de l’économie il y a la culture….. » ces différents propos étant retranscrits par un intervenant sur les ondes de Radio-Gâtine.

Radio-Gâtine est une association d’intérêt général, mais est-ce de l’intérêt général que de se résoudre au nivellement culturel anglo-saxon ?

L’activité de Radio Gâtine est possible grâce à ses partenaires publics et privés et pourtant voyons-nous parmi ces partenaires un Dollar ou une Livre sterling de la moindre petite entreprise culturelle anglo-saxonne ?

Devrons-nous bientôt décerner à Radio-Gâtine l’équivalent de « La Carpette anglaise » (prix humoristique d’indignité civique et culturelle, décerné chaque année depuis 1999 à un membre des "élites françaises" pour son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France) pour sa programmation musicale ?

Sans chercher plus loin pour exemple, programmation musicale de juillet 2015 :

  • sur 25 titres 5 en français : soit tout juste 20%

  • avec zéro titre régional : quid des Alsaciens- Auvergnats- Basques- Béarnais- Berrichons- Bourbonnais- Bourguignons- Bretons- Catalans- Champenois- Corses- Limousins- Lorrains - Normands- Picards- Provençaux - Savoyards- Tourangeaux etc.…

  • Et zéro titre local : Œuvrant ainsi à la disparition nécessaire des saveurs locales, quid du patrimoine, du pays, aux oubliettes la culture locale car où ailleurs pourra-t-elle et pourrait-t-elle être diffusée?

Doit-on simplement prendre acte et se résoudre à constater que Radio-Gâtine avec 80% de programmation musicale anglo-saxonne soit, parmi tant d’autres, devenu tête de pont de cette même industrie, et cerise sur le gâteau, à l’aide de nos impôts ?

Vous noterez à travers cette lettre ouverte tout mon désappointement alors reprenant ces citations « Nous pensons en effet qu’en amont de l’économie il y a la culture….. » Tout aussi certain que « là où l’identité fuit, le paysage la suit. » je joins à cette lettre dénonçant une des facettes des nouveaux enjeux quelque peu « pervers » quand « ou ?» s’ils ne sont volontaires à travers le professionnalisme subventionné (voir lettre ouverte de ce printemps 2015) ce propos de Pier Paolo Pasolini « Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l’avant ».

Enfin pour temporairement conclure et à l’appui de ce grief à l’égard, entre autre, de Radio-Gâtine, je ne peux résister au partage de cette lecture de JC Michéa extrait de « L’enseignement de l’ignorance » sur La différence entre une culture et une mode :

Une culture, est certes toujours en évolution, du moins tant qu’elle est vivante : mais cette évolution s’opère à un rythme qui confère à cette culture –tout comme à l’inconscient- une structure nécessairement « transgénérationnelle » ce qui signifie qu’elle définit toujours un espace commun à plusieurs générations et autorise ainsi entre autres conséquences, la communication des jeunes et des vieux(comme par exemple dans un stade de football, une fête de village ou la vie d’un vrai quartier populaire). La mode est, au contraire un dispositif intra-générationnel et dont le renouvellement incessant obéit avant tout à des considérations économiques.

Toujours en reprenant Michéa, cette uniformisation accélérée de la planète par le marché capitaliste, uniformisation dont la vision touristique du monde et le pseudo-cosmopolitisme du show-biz et de la classe d’affaire représentent une traduction à la fois grotesque et pathétique.

Pourquoi nos impôts serviraient-ils à organiser la confusion systématique entre, d’une part, les cultures durables que créent les peuples, à leur rythme propre et, d’autre part, les modes passagères imposées par les stratégies industrielles ?

Août-Septembre 2015

Thierry Fréret

Publié dans Culture

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